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Pour favoriser l’égalité homme/femme, chouchoutons les papas!

July 29, 2016

La maternité: loi biologique et carburant des préjugés sexistes

Les inégalités homme/femme dans le monde professionnel persistent, tout comme les préjugés sexistes. Au niveau académique, le phénomène de l’”évaporation des femmes” au fil de la carrière scientifique est bien connu et étudié. C’est notre responsabilité collective de remédier à cette gabegie et à cette injustice. Le problème le plus prégnant, celui qui à mon avis doit retenir toute notre attention, est celui du biais lié à la maternité. L’idée d’une possible maternité d’une postulante rebute certains employeurs. La maternité occasionne indubitablement un frein dans le développement de la carrière des femmes. La société (et aussi l’université) perçoit ce coup de frein comme important et irrémédiable, alimentant un sentiment de fatalité vis-à-vis de la carrière débutante des femmes.

Il est certes un point sur lequel personne n’a de prise: la femme doit supporter seule le poids physique/biologique de la grossesse, de l’accouchement, de l’allaitement. Ceci est couvert par un congé de maternité de 15 semaines (un peu court d’ailleurs, mais soit). On peut tenter d’impliquer les hommes autant qu’on veut, cette différence majeure est imposée par une “loi biologique”. Il faut en tenir compte. Nous devons donc par exemple maintenir ou renforcer certaines politiques qui visent à contre-balancer ce “handicap de compétitivité” pour la carrière. Malheureusement, ces actions sont souvent mal perçues et parfois inefficaces.

Combattre le mal à la racine: maternité vs. parentalité

Pour le reste, le décalage réellement observé entre hommes et femmes dans la sphère professionnelle est bien plus grand que celui auquel on devrait s’attendre pour une indisponibilité de 15 semaines. Le décalage est en fait accentué par les préjugés collectifs: il est tacitement admis que, pour la jeune maman, l’impact de la maternité ne se limite pas à 15 semaines d’indisponibilité. Cette assertion est un préjugé en soi. Par préjugés, la société continue d’attendre de la femme qu’elle prenne – plus que l’homme – en charge les tâches liées à l’arrivée d’un rejeton.

L’importance du décalage dans les carrières professionnelles peut être combattue en travaillant à la déconstruction du mythe de la “maternité excessivement pénalisante”. Comment? En s’intéressant à la parentalité* plutôt qu’à la maternité. En réalité, c’est la parentalité qui est la plus pénalisante pour la carrière, pas tellement la maternité (à l’exception des 15 semaines “biologiques”). La parentalité, c’est potentiellement (idéalement) l’affaire des deux sexes! Se lever la nuit, aménager ses horaires, réduire son temps de travail effectif, sacrifier une partie de ses activités récréatives et sociales… Tant le papa que la maman peuvent le faire.

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La parentalité est l’affaire des deux sexes

En pratique, que faire? Il faut en priorité garder à l’esprit que la loi biologique est bien réelle et que les femmes doivent bénéficier de mesures de protection et de compensation reconnaissant cet état de fait. Mais mon point de vue est qu’il faut s’en tenir au strict minimum imposé par cette loi biologique. Aller au-delà dans les “discriminations positives” à l’égard des femmes devenues mères, c’est contre-productif. C’est confondre parentalité et maternité, renforcer les préjugés, accentuer les discriminations à l’emploi. Allons au-delà, oui, mais pour les deux parents! En Suède, le gouvernement offre un bonus financier significatif aux parents à condition que 270 des 480 (!) jours de congés parentaux soient répartis équitablement entre les deux parents. Way to go!

Pour reconnaître que l’arrivée d’un enfant dans un foyer est l’affaire du couple, il faut en effet reconnaître aux deux parents le droit de prendre leur part. C’est le cas au yeux de la loi belge, qui prévoit 4 mois de congé parental pour chaque parent. Ce n’est malheureusement pas le cas dans nos pratiques, même si ça progresse (la part des hommes ayant pris un congé parental est passée de 8% en 2002 à 26% en 2012). Diverses dispositions et habitudes propres au monde du travail – parfois réglementaires, parfois tacites – freinent les hommes dans leur (potentiel) désir de s’investir plus fortement dans la vie familiale.

Deux exemples concrets dans le monde académique:

(i) L’UCL offre un complément de rémunération (salaire garanti extra-légal) pendant le congé de maternité mais rien pour les congés parentaux ni pour le congé de paternité (10 jours). Ne serait-il pas opportun de revaloriser les congés qui concernent aussi les papas? Au-delà de la question de la rémunération il faut encourager le congé parental du père dans l’accompagnement et les dispositions pratiques, au même titre que le congé de maternité (par exemple pour se faire remplacer en charges d’enseignement). Sur le plan de la perception des collègues, des campagnes de communication doivent aider à valoriser le choix que fait un père en prenant un congé parental.

(ii) Pour certaines sources de financement de la recherche il existe une limite d’âge ou d’ancienneté pour le candidat. Parfois on donne aux femmes un an de “bonus” par accouchement, considérant implicitement que pour une femme, avoir un enfant lui occasionne 1 an de retard sur sa carrière scientifique (donc 52 semaines, pas 15!). Rien de tel n’est prévu pour le jeune père, même s’il prend sa part (ou plus que sa part) dans la gestion de la famille agrandie. Est-ce réellement la meilleure stratégie? Il faut avoir le courage – même (surtout!) en tant que féministe – de se poser la question du maintient de certaines faveurs octroyées exclusivement aux mères.

On le voit, pour que notre société évolue vers une acceptation d’une parentalité plus égalitaire dans laquelle les deux conjoints peuvent à leur guise s’investir tant sur le plan familial que professionnel, il est nécessaire de revaloriser certains droits accordés aux pères et probablement de remettre en question certains avantages accordés uniquement aux mères. En d’autres termes, il faut choyer les papas!

DD

 

* le concept de parentalité a une portée sémantique et juridique bien utile permettant de considérer aussi les cas des familles recomposées ou homoparentales et l’adoption (ce que je ne fais pas dans ce billet; toutes mes excuses auprès des personnes concernées).

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From → Opinion

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